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Boris Vian

Far-Est : le lac Baïkal et l'ile d'Olkhon

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Nos aventures en Sibérie, pays rude, merveilleux et complètement en dehors de nos normes. C'est un endroit magique au sens des ethnies locales, mais il l'a été aussi pour nous et il est très difficile de se dire qu'on y retournera jamais. Donc du coup on se dit qu'on y retournera et on espère que cet article vous donnera la curiosité d'aller y jeter un oeil.

Les préparatifs à Irkutsk

Nous voici arrivé à Irkutsk, petite ville (enfin petite pour la Russie, 600 000 habitants) qui est le point de départ pour atteindre les contrés reculées de Sibérie. La ville, malgré l'apparition de maisons en bois genre chalet dans le centre ville (ainsi que les nombreuses traces d'incendies qui vont avec) n'est pas très belle, dans le plus pur style bétonné qui caractérise les villes qui ont passé trop de temps dans l'ère soviétique. Bref notre mission était d'organiser notre périple sur le lac Baïkal et de trouver des bottes en plastiques (passionnant non). Nous avons dormis chez Galina, une espèce de matronne russe exaltée qui tiens absolument a organiser ton séjour à ta place et qui t'engueule en russe et en allemand quand tu n'as pas pris le petit déjeuner compris... 

Les moments forts ont été la rencontre sur le quai de la gare d'un couple Suisse allemand/Roumain en les personnes de Véra et Nelou, qui nous ont accosté et emboité le pas car ils n'avaient pas d'hôtel (ils ont trouvé le notre trop cher mais sont tout de même venus avec nous). Nous avons donc partagé une sorte de petit appart' avec eux et Nelou a décidé de prendre un bain dans la salle de bain commune, a fermé le loquet, a mis l'eau a couler, est parti de la salle de bain... vous l'avez vu venir ? ...impossible d'ouvrir la porte de la salle de bain alors que l'eau coule (boulet !), il a fallut démonter la porte en un temps record.

Vera et Nelou

L'autre point étrange a été la grande difficulté à trouver des bottes en caoutchouc alors qu'une bonne moitié de la population en portait. On y a passé quasiment une journée, on s'est d'ailleurs perdu dans des quartiers un peu craignos en voulant prendre le tramway, mais une âme charitable personnifiée par une étudiante russe qui a vécu un ans aux états unis nous a ramené sur la voie en nous expliquant qu'il est normal de ne rien comprendre aux transports en commun, les habitants n'y arrivant que très difficilement en dehors de leurs trajets réguliers. Enfin nous avons trouvé de MA-GNI-FIQUES bottes avec des motifs treillis/moumoute pour moi et peau de serpent pour Marie (parole on l'a pas fait exprès). 

Nikolaï

Enfin nous partons de bon matin (après le petit déj obligatoire) pour l'ile d'Olkhon (pour les plus lourds d'entre vous je précise qu'il faut prononcer olkone), Véra et Nelou ont décidé de partir avec nous non sans avoir bien râlé sur le prix pourtant raisonnable (ils sont pauvres en Suisse ? on m'a menti toute ma vie ?). Arrive un minivan et son conducteur, un russe bourru qui ferais passer Jean-Pierre Bacri pour Michel Drucker, il nous fait une petite arnaque en rendant la monnaie avec un petit regard "je parle pas la langue alors essaye de te plaindre pour voir", et on s'engouffre dans le mini van. Nikolaï fait le tour de tous les hôtels, de la place du marché, on est rapidement bien au delà de la limite du raisonnable pour le nombre de passagers et on place sur le toit deux couches de bagages surmonté d'un vague filet et d'une bâche en plastique. C'est parti pour 6 heures de folies : Nikolaï ne tiens pas a passer trop de temps sur la route et roule le plus vite qu'il peut, doublant à droite, dans les virages, sur le bas côté (véridique !). Le niveau de confort est déjà bien faible étant donné des nids de poule et les coups de volant pour éviter les autres conducteurs qui en ont (je ne préciserais pas quoi), on s'arrête enfin pour faire pipi (pour les chanceux)... le chiotte est ignoble, c'est un trou avec une grosse flaque dessous qui n'a jamais due être vidangée, l'odeur est intenable et la surprise est également assez forte quand on s'aperçoit qu'elles sot payantes. On repart et le niveau de confort en prend encore un sacré coup lorsque la route s'arrête d'être goudronnée (ce qui ne ralenti aucunement Nikolaï). Le paysage cependant devient de plus en plus sauvage, les maisons sont désormais toutes en bois, des montagnes apparaissent et enfin le majestueux lac Baïkal. Nous prenons un bac avec le van, il fait un peu froid mais la satisfaction du paysage et a surprise d'être encore vivant nous revigore. Arrivée à Olkhone nous roulons encore tout en observant des lieux sacrés de chamanisme sur le bord de la route, on arrive à Khuzir, seul bled de l'ile, il fait beau, il fait chaud, on est bien. 

Nikita

Nous logeons dans une auberge nommée Nikita, du nom de son propriétaire et fondateur, un ancien champion international de ping pong -pardon de tennis de table- qui après être passé dans la région dans les années 80/90, a décidé de s'y installer et de fonder la première auberge de l'ile. Alors je vous voie venir, mais non je n'ai pas eu le temps de lui mettre la grosse pâtée au ping p... tennis de table, afin qu'il nous ai toujours à la bonne lorsque nous reviendrons. 

L'auberge ressemble à un petit village dans le village, c'est une espèce de labyrinthe de maisonnettes de bois remplies de travellers (= backpackers = voyageurs avec des sacs à dos souvent jeunes et souvent pas très riches) dans une ambiance soixante-huitarde. On y trouve des lieux de feu de camp avec des totems et des peintures sur cuir de bête façon ethnies locales, qui font d'ailleurs fortement penser à la culture des indiens d'Amérique et c'est fort troublant. On y trouve également un grand réfectoire où on mange très correctement du poisson pêché dans le lac (l'omoul le poisson marin d'eau douce) avec un vieux russe chaleureux qui joue des morceaux venant de toute la planète entre deux blagues où il est lui-même mort de rire et heureusement il a un rire communicatif. 

Une autre caractéristique de cet endroit est l'absence de douches (du moins pour nous au moment où on est arrivé, c'est en travaux tout le temps). Les gens d'ici se lavent dans des bañas, c'est une double pièce dont une est un sauna et l'autre dispose d'une grosse bassine d'eau froide et d'une arrivée d'eau chaude qui est chauffée par le feu de bois du sauna. On arrive avec une serviette, un seau et un savon, on se déshabille dans le sauna, on sue à grosses gouttes, puis on passe dans la pièce d'eau où on rempli son seau avec l'eau chaude et l'eau froide et on se lave avec. Le truc c'est qu'il faut ensuite se rhabiller assez vite si on ne veut pas suer à nouveau à grosses gouttes (voir à gros ruisseaux).

L'ile d'Olkhon

Parlons maintenant de l'île en elle-même, qui est tout simplement un lieu magique. C'est la plus grande île du lac Baïkal, blottie sur une immensité d'eau douce soumise aux marées et entourée de majestueuses montagnes. L'eau du Baïkal y est pure et souvent potable, la taille de ce lac est si grande qu'on y constate des phénomènes de marrées... c'est la plus grande réserve d'eau douce au monde, le fond du lac correspond à a jonction de deux plaques terrestre. Les paysages sont très variés : paysages de steppe, des plages avec des dunes, des rochers de marbre recouverts par des mousses épaisses, des collines et des conifères. Nous y étions en été, du coup il faisait bon et un petit air d'été en Normandie y régnait, mais il faut savoir que durant l'hiver le lac gèle suffisamment pour qu'on y roule en voiture (faut quand même être russe dans l'âme) et que même une année les soviétiques y avaient posé des rails de chemin de fer... Et pour les incrédules, on a retrouvé la trace des rails !

De nombreuses légendes accompagnent Olkhon et elle est considérée comme le centre sacré du monde des chamans du nord, qui y organisent leur rassemblement sacré tous les ans. Le centre suprême du culte est représenté par le rocher des chamans (à deux pas de l'auberge), les corps des chamans y étaient autrefois brûlés. Selon les légendes locales, on dit même que le rayonnement des esprits est si fort près du rocher qu'il est déconseillé aux femmes enceintes de s'en approcher... l'accouchement risquerait d'être prématuré, rien que ça ! Les lieux sacrés où s'expriment encore de nos jours le chamanisme sont nombreux sur l'île, et sous diverses formes (nous en avons pris quelques unes en photo). 

Le chammanisme

Des lieux de cultes sont installés un peu partout sur l'île où des personnes viennent y déposer des offrandes, dans l'espoir d'obtenir les faveurs des esprits de la nature. La cérémonie des offrandes se déroule suivant un scénario bien précis : il faut faire 3 fois le tour du totem (poteau ou arbre) ou de l'oovoo (tas de cailloux) dans le sens des aiguilles d'une montre. Suivant le type d'offrandes apportées, il existe différentes manières de la donner. Par exemple, pour l'alcool, il faut remplir au moins un verre de vodka ou en jeter quelques gouttes en l'air avant d'en boire à son tour et de laisser sur place le reste de la bouteille. On peut aussi laisser des cigarettes, des pièces de monnaies et de la nourriture. 

Le kolkhoze

Au détour de ballades sur l'île, nous sommes tombés face à de grands bâtiments en ruines, d'anciens kolkhozes d'élevages qui sont aujourd'hui complètement abandonnés. N'oublions pas que ce charmant décors était un bagne sous Staline où les bagnards y pratiquaient l'agriculture et la pêche loin de toutes oreilles et de tous yeux. Ces temps ont bien changés, seuls les ruines donnent un témoignage poignant de la détresse des exilés dans ce qui nous semble être maintenant un petit lieu de paradis. Cependant ces traces ne tarderont pas à disparaitre au profit d'établissements touristiques en bois dont la construction semble exploser. Oui, ne tardez pas à y foncer les amis, ce lieu ne restera peut-être plus aussi magique longtemps !

Le village et son port

Un petit mot tout de même sur le village en lui-même qui incarne pour nous le Far Est. Ici, pas de goudrons, les routes et les rues sont des pistes de sables, de boues et de cailloux. Les vaches et les chiens s'y promènent en toute liberté, et il est fréquent -pour ne pas dire systématique- de tomber nez à nez avec une vache en allant chercher la baguette du matin, c'est pas banal. Toutes les habitations sont en bois et s'établissent n'importe où, suivant les envies de chacun, il ne semble pas qu'un cadastre soit mis en place, ou alors il n'est absolument pas respecté. L'urbanisme ici dépend du bon sens des gens, et donc souvent de la quantité de vodka qu'ils ingurgitent avant de tracer les plans de la maison. Mais il faut avouer que tout cela fonctionne quand même plus ou moins, probablement grâce à la convivialité des habitants qui ont du s'entraider des années faces aux conditions des hivers Sibériens. Ce qui nous a fait le plus rire c'est la place centrale du village, pompeusement nommée "pond" sur les cartes, et qui n'est autre qu'une grande marre de boue et d'eau sur laquelle une carcasse de trabant (la voiture) trône au milieu depuis un certain temps, se dégradant à mesure des hivers, des pluies, et de l'appétit des chiens qui trainent.

C'est au petit port de pêche que nous avons fait la connaissance de deux petites filles, les "mouniés" (qui veut dire "moi") avec qui nous avons partagé un bon moment à jouer, on finit par leur donner les balles de jonglage de Jean car elles ne voulaient plus s'arrêter ! Après cette belle partie, nous avons pris le temps de se poser sur l'unique quai/digue, composé(e) de poutres, de cailloux tassés et de pneus... Il est difficile de s'y déplacer sans sauter d'une poutre à une autre ! Une carcasse de bateau y repose, manifestement depuis des temps forts lointains, et termine de rouiller avec la majesté des baleines autrefois glorieuses, maintenant aux cotes apparentes dans le soleil, face aux montagnes.

Le tournage

L'endroit était trop beau pour que nous n'y fassions rien, et Marie avait repéré un lieu de chamanisme en activité dès notre trajet avec Nikolaï : un arbre constellé d'offrandes sur le bord de la route (la piste ?). Ni une ni deux (ni trois ni quatre ni ... ok j'arrête) nous achetons une carte, louons des vélos, récupérons le matos, un casse-croute, et partons de bon matin sur la route, sous un soleil de plomb en se disant qu'on avais un peu de temps. Le trajet a démarré plus dur que prévu, en effet la piste déjà peu confortable en voiture s'est avérée carrément un gros tape-cul. Pour ceux qui connaissent c'était de la "tôle ondulée" sur tout le trajet, mais notre désir de tournage ne s'arrêtait pas à cela ! On a d'ailleurs fait une rencontre sympa en la personne d'un chien tout blanc aux yeux jaunes, qui ressemblait un peu à un husky blanc. Il se baladait au milieu de nulle part et qui a décidé de nous suivre, sans essayer de nous taxer notre casse-croute, en disparaissant de temps en temps et revenant fidèle vers nous (sympa et même pas intéressé !). Au bout d'un moment, on commence à se dire que c'est plus loin que l'on pensait, surtout que la notion de ligne vaguement droite sur la carte ne reproduit pas les successions de montées interminables et les descentes hyper dangereuses (par exemple avec un passage sableux juste au creux de la route). Le coup dur a été lorsqu'on s'est aperçu que le lieu que l'on cherchait n'était pas celui qu'on pensait sur la carte... ce qui faisait qu'on allait d'espoir en espoir vers les lieux sacrés, mais c'était toujours plus loin... 

Enfin après avoir passé un autre lieu sacré qui nous plaisait bien (très simple et très authentique), que le chien blanc ai fini par nous lâcher, et qu'on se retrouve devant une montée vertigineuse que la carte et nous estimions à plusieurs kilomètres, nous sommes revenus au lieu susdit et avons tourné une belle séquence dont nous étions satisfaits. Restait le retour... Armé de courage et d'un fond de bouteille d'eau tiède -voir chaude- nous sommes remontés sur nos vélos en nous maudissant d'avoir annulé nos abonnement vélib un an avant notre départ quand nous étions à Paris. Les jambes ont rapidement été douloureuses, les montées ne se terminaient plus qu'en poussant le vélo à côté, on suait par litres l'eau qu'on ne pouvait boire qu'en quantités infimes... Le soir a commencé à tomber et le froid avec lui, empêchant nos t-shirts trempés de sécher, et rendant les descentes salvatrices glaciales, ce qui faisait trembler nos mains sur le guidon et donc trembler horizontalement, et comme la route était en vaguelettes de terre on tremblait aussi verticalement. Le moment où ma selle s'est desserrée sans que je puisse la resserrer a été pour moi un point de rupture et j'ai insulté les éléments qui prenaient si peu soin de ma pauvre carcasse (surtout mon pauvre cul). Marie, qui était elle aussi exténuée et assoiffée, avait du mal a me convaincre qu'on allait y arriver. 

La nuit commençait à tomber et la situation était critique, le moral avait lui largement passé ce cap. C'est alors que super chien blanc est arrivé ! Il est venu nous voir, s'est mis a côté de nous et nous a "rassuré" en langage chien : il s'est blotti contre nos jambes endolories en nous regardant, et se frottait à nous dès qu'on manifestait notre désespoir d'un jour rentrer et de prendre un apéro dûment mérité (ainsi qu'un banya chaud, nous ne sommes pas que des alcoolos !). Alors on a repris les vélos, se relayant les vélos pour garder un semblant de fesses et essayant d'oublier que nos jambes n'étaient que raideurs. Ce chien blanc nous a accompagné et encouragés à chaque fois que nous nous arrêtions. Après une bonne heure, le village fut en vue et l'espoir nous est alors revenus, c'est à ce moment là que le chien est parti. On ne l'a jamais revu. Une fois revenus à Nikita, on a essayé de calculer la distance parcourue... On est arrivé entre 55 (sans les dénivelés) et 70 km (avec !). On a alors décidé soit de se mettre au sport régulièrement (peu probable), soit d'arrêter définitivement de faire du vélo sur des distances inconnues (on s'y est tenu jusqu'ici). 

le départ de Russie

Après quelques jours, nous sommes repartis vers Irkutsk pour préparer notre sortie de Russie car le visa prenait fin et on ne rigole pas avec les autorités Russes, surtout si on est étranger. Par malchance une énorme crève Sibérienne s'est déclarée pour moi à ce moment là, et nous nous sommes aperçu qu'on ne pouvais pas aller en Mongolie en train... la fonctionnaire s'occupant des billets a été très ferme (même si on a pas compris grand chose, on a compris qu'elle ne voulait ou ne pouvais pas nous vendre des billets internationaux). S'en est suivi un mouvement de panique où on a regardé les billets d'avions (2000€/personne) et on a fini par prendre le train pour Ulan-Ude, plus proche de la frontière, où internet nous avait dit qu'il y avait des bus pour la Mongolie mais qu'il fallait se battre avec les locaux pour avoir une place et impossible de réserver à l'avance, tout ça avec le visa qui expirait dans deux jours (et avec 39° de fièvre) ! 

Nous sommes arrivés à Ulan-Ude, pris un taxi manchot (d'un seul bras, n'exagérons rien) de la gare routière à une petite guesthouse et là... tout s'est résolu en deux minutes ! On a croisé des français qui nous ont tout expliqué (salut à vous si vous lisez ça Greg et Sarah) et on a pu réserver et localiser la gare routière dans la matinée. On a donc pu profiter de la ville la conscience soulagée. Les particularités y sont que la ville est résolument Asiatique, et non plus un mélange euro/asiatique comme dans le reste de la Sibérie, il y a un temple Bouddhiste inauguré par le Dalai Lama sur les hauteurs, et il y a là la plus grosse tête de Lénine jamais sculptée !

Nous avons dû ensuite nous lever aux aurores pour pouvoir prendre le bus vers Ulan Bator (Mongolie) et avons dit au revoir aux moins chanceux que nous avions rencontré et qui ont dû passer la frontière par minibus puis taxi, puis stop (on ne les a jamais revu mais on espère qu'ils vont bien). Au revoir la Russie, il était difficile d'obtenir le visa d'entrée, il était difficile de sortir du pays à la bonne date, mais on a passé un séjour mémorable. 

ZA LYUBOV TOVARICH !


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Publié le 25/08/2014

A Saigon et Phnom Penh


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