Les articles de fond ne remontent jamais à la surface.
Boris Vian

La Mongolie, la terre du milieu

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Qu'y a-t-il de mieux dans la vie ? L'immense steppe, un rapide coursier, des faucons à ton poing et le vent dans tes cheveux.

L'arrivée

Notre trajet de Ulan Ude en Russie Bouriate à Ulan Bator (aussi appelée Ulaan Baatar, le nom original étant en Mongol il y a plusieurs orthographes) fut notre premier long trajet en bus : 9h interminables (mais que par la suite on a tendance à minimiser). Le départ fut tranquille pour nous qui avions réservé deux places valables dans le bus, précisons que parfois les touristes se font attribuer des numéros de place qui n'existent pas par les vendeurs officiels, mais pour un sympathique couple franco-espagnol que nous avions rencontré à la guesthouse il n'en fut pas de même : n'ayant pas réservé ils n'ont pas eu de place dans le bus et devaient voyager en minivan vers la frontière et la passer en taxi (la frontière n'est pas ouverte aux piétons), puis rejoindre Ulan Bataar (je crois que je préfère cette orthographe) d'une manière inconnue... On ne les a pas revus mais on espère qu'ils vont bien. Bref. Nous étions dans le bus entre un couple de jeunes français sympas partis pour 5 ans par un truc administratif genre VIE renouvelable et un bonze avec sa femme (très gentils, ils nous ont proposé des gateaux et nous conseillaient gentiment), mais le reste des gens étaient en mode chacun pour soi et dieu aussi, se précipitant pour passer devant, empêchant la mise en place des bagages et usant de ruses pour passer la file d'attente à la frontière. Il a fait très chaud tout le trajet, et on ouvrait au minimum le rideau pour voir les paysages se désertifiant de la Bouriatie. 

Le passage de frontière fut particulièrement pénible, l'infrastructure était correcte côté russe, mais c'est autre chose côté Mongol. Et bien sur des deux côtés ils refusaient de croire que c'était bien mon passeport car j'avais les cheveux longs et pas de barbe sur la photo, tout faux dans la réalité, ajouter à cela une pointe de "tous les occidentaux se ressemblent" (et non, ça risque de décevoir certains mais nous n'avons pas le monopole du racisme). Une fois passé les deux bonnes heures et demie, j'ai eu le tampon ! 

Une fois remonté dans le bus, des caricatures de gangster de 25/30 ans avec gros muscles (alors que tout le monde est maigre sauf moi), tatouages/marcel et dents en or sont rentrés d'autorité dans le bus pour nous faire du change et nous vendre des SIM de téléphone. Je sais, c'est un peu le délit de sale gueule mais on a flippé et on a pas fait affaire avec eux. Sinon il faisait toujours aussi chaud mais on ne pouvait plus trop s'empêcher de regarder le paysage de montagnes verdoyantes parsemé de temps à autre d'une yourte, entre deux cahots, car oui la route est dé-geu-lasse !

Notre arrivée fut aussi assez sport car pas encore sorti du bus, une myriade de rabatteurs de guesthouse, taxis et autres tours nous accostent et AUCUN ne nous lâche ! Il faut récupérer nos énormes sacs, trouver de quoi retirer ou changer des tugriks, savoir à peu près où on est, et trouver ce qui se rapproche le plus d'un taxi (aucun n'a de compteur) sachant que la ville est littéralement envahie de pickpockets aguerris qui ont la maxidalle. Malgré les efforts faramineux d'un type trop louche avec deux rabatteuses et une dent en or (et oui encore, c'est peut-être un signe de malhonnêteté en Mongolie, qui sait) qui insistait plus que lourdement pour nous amener gratuitement dans notre guesthouse en prétextant qu'il devait rencontrer la direction (mais faut pas déconner, c'est beaucoup trop louche). Nous avons fini par arriver à bon port !

Ulan Bator (ou Ulaanbaatar) 

La capitale de la Mongolie n'a rien de fantastique en soi, l'architecture y est très carrée (la ville s'est développée sous le régime communiste), les rues y sont relativement larges avec une circulation très dense, et elle atteint des pics de pollution spectaculaires durant l'hiver. Un des traits de caractère de cette ville qui la rend unique, est la présence de quartiers entiers composés de yourtes. La yourte est l'habitat traditionnel, comme une grosse tente de 20m2 habitable avec une ossature démontable en bois recouvert de feutre puis d'une couche imperméable blanche, utilisée par les nomades mongols notamment. Les yourtes sont spacieuses et chauffées par un poêle central fonctionnant au charbon, ce qui explique l'énorme pollution hivernale, et on peut s'y tenir debout si on a pas la taille d'un joueur de basket. 

Tout d'abord nous avons été dans une guesthouse proprette et agréable malgré une absence d'eau chaude prolongée (très classique dans tout le pays), où nous avons d'ailleurs rencontré Dave, puis nous sommes allé un peu par économie, un peu par curiosité, et un peu pour favoriser un ami des personnes que nous avons rencontré dans une guesthouse située dans un quartier de yourtes... Là on a pu constater que ces quartiers tiennent quand même pas mal du bidonville intégré (cad qu'on avait quand même l'eau et l'électricité). Les routes y sont en terre et gondolées par les pluies, le nettoyage ne s'y fait que très peu, et pour y accéder on devait passer un pont composé d'un empilement de planches pratiqué sur plusieurs années semble-t-il et laissant un grand nombre de trous, au dessus d'un vague filet d'eau plus composé de déchets en tous genre et de boue que de quoi que ce soit d'autre. 

Alors, vu qu'on est français tout ça, on va causer un peu bouffe... C'est pas mal du tout si on n'est pas végétarien, en effet absolument tout les plats traditionnels sont à base de viande ou de lait... et le tout baignant dans le gras ! On s'est gavé de plats de nouilles à la viande de mouton, ils le cuisinent très bien, mijotée longuement dans un bouillon goûtu où ils ajoutent quelques légumes. Il y a assez peu de légumes en Mongolie, cela est du à la longueur et la rudesse de l'hiver. Il conditionne également le type de bêtes à élever (donnant une supériorité indéniable au mouton) qui ne doivent pas "imploser" par des températures atteignant régulièrement les -30°C. Les Mongols sont également friand de viande de cheval, qu'on trouve un peu partout sur les cartes de restaurant et que Marie se refuse à toucher (les pauvres titis). Sinon les fromages sont peu nombreux, avec peu de goût et une allure de beurre rance. En revanche on a goûté chez un nomade une sorte de crème de lait de jument super bonne, une sorte de dessert/plat de résistance au goût proche de la crème fraiche légèrement sucrée à la consistance d'une crème renversée (pour ceux qui connaissent, c'est un peu comme une teurgoule sans riz et sans caramel, mais tout aussi consistant). Dans la famille où nous étions (voir plus loin), on a aussi mangé de petits beignets à la viande, un peu genre raviolis, qu'adorent les enfants (et nous aussi) : les bansh. On y a dégusté également des ragoûts de mouton à faire pâlir le moindre bœuf bourguignon ! 

Il nous faut aussi parler du lait fermenté de jument, que nous n'avons pas eu a "chance" de goûter, mais qui fait des ravages là bas car les mongols en boivent depuis leur plus jeune âge, ce qui a tendance à produire un grand nombre d'alcooliques n'ayant pas à rougir de leur consommation face aux russes. D'ailleurs on trouve de la très bonne vodka, mais qui fait très mal (surtout le lendemain) ! C'est d'ailleurs assez drôle mais assez triste de croiser des groupes (parfois avec enfants) incapables de se remettre debout passé 14h.

On ne peut pas parler de la culture mongole sans évoquer LE grand homme du pays, un pacifiste, un humaniste, qui a oeuvré pour l'unité de l'Asie, d'une tendresse et d'une douceur légendaire : j'ai nommé Gengis Khan (ou Chinggis Khaan comme ils disent). Mort depuis 1227, il est pourtant toujours là, omniprésent : en noms de rues, en aéroport, en sculptures monumentales ou décoratives (toutes époques confondues), en peintures, en cartes postales, en mugs, en cigarettes, en marques de diverses vodkas (la majorité d'entre elles), en bandes dessinées, en films, en musiques et présent sur chaque billet de banque, plus qu'un nom, une signature souvent imitée (Staline, Hitler, Pol Pot...) mais jamais égalée ! Le plus amusant est qu'il n'a jamais deux fois la même tête, ni le même gabarit, parfois obèse, parfois svelte, parfois imberbe et parfois orné d'une longue barbe bien virile, son corps change tel un caméléon, une chrysalide suivant les différents fantasmes mongols. Son activité principale était de faire la "guerre pour la paix" (par le biais d'une éradication de toute forme de vie). Reconnaissons lui tout de même sa tolérance envers les diverses religions, l'ouverture de la route de la soie, et son génie militaire.  

L'alliance française

En vue d'une idée de tournage avec des chevaux en Mongolie, notre premier réflexe a été de nous rendre à l'Alliance Française afin d'y récolter informations et contacts qui pourraient nous aider dans la réalisation de notre projet. C'est ainsi que nous avons fait connaissance de pas mal de monde, nous aurions aimé faire de portrait de chacun... Nous tenons à les présenter ici car ils nous ont accueillis à bras ouvert et nous ont été d'une aide précieuse !

Tout d'abord, nous avons rencontré Baptiste, un jeune informaticien breton qui, avant d'entamer sa vie professionnelle, a décidé d'entamer sa vie de voyageur, et d'une façon particulièrement courageuse et aventureuse : il effectue un tour du monde sans argent. Il se déplace en stop, est hébergé suivant ses rencontres, se nourrit de la même façon, et travaille de temps en temps à sécuriser les réseaux de certaines associations de l'Alliance Française contre hébergement et nourriture, en mode troc. Nous l'avons rencontré à la fin de son voyage, il a démarré par l'Amérique, à l'heure qu'il est il doit être en train d'écrire un livre. Nos routes n'ont pas arrêté de se croiser et se fut ma foi fort sympathique. 

Baptiste nous a chaleureusement conduit à Charlène et Louise, deux jeunes professeurs de français venues chacune en Mongolie pour une mission pédagogique de quelques mois, voire de quelques années. Ces deux copines, qui connaissent les ficelles de la ville, nous ont immédiatement pris en charge, donné le contact de la famille dans laquelle nous avons été, invité à boire des verres à chaque fois que nous étions en ville. Nous n'aurions pas passé le même séjour en Mongolie si elles n'avaient pas été là pour nous et on tient particulièrement à les remercier. Sans elles nous n'aurions pas pu rencontrer les personnes qui suivent dans cet article (toutes les personnes!). 

Toutes les personnes, à commencer par Antonin, jeune vidéaste, vivant à Oulan Bator depuis quelques années et qui a lancé sa production sous le nom de lechatFilm. Talentueux et ambitieux, il a participé à de nombreux projets, notamment avec le collectif d'artistes contemporains mongol Blue Sun et avec les membres de The Mongolian Project. Il a entamé une production de documentaires personnels, il venait d'en finir un sur les équilibres de la culture mongole et doit être en train d'en réaliser un autre sur son voyage depuis la Mongolie vers la France par l'Asie centrale. 

A la projection du premier documentaire d'Antonin, nous avons fait la connaissance du collectif Blue Sun, composé d'une petite dizaine d'artistes contemporains, ayant chacun une pratique personnelle. Ils se regroupent autour d'expositions collectives et également autour de leur résidence d'une semaine dans la steppe qu'ils organisent chaque année : the art camp. Performances, vidéos, peintures, sculptures, leur art est pluri-disciplinaire et ils partagent un projet politique commun basé autour du land art et de la sauvegarde de la culture traditionnelle mongole. Ils ont déjà été exposés en Europe et à travers l'Asie. On ne pouvait pas répondre à l'invitation qu'ils nous ont fait afin de participer à la résidence de cette année, mais vivement le Art Camp 2015 !!!!!     

Lors de cette même projection, nous avons rencontré deux membres de The Mongolian Project : Anaïs rédactrice et Olivier photographe/rédacteur. Ils nous ont raconté leur projet d'étude sociologique de la Mongolie actuelle. Ils se penchent sur des problématiques intrinsèques au pays, que ce soit d'un point vue santé, environnement, arts, ou vie quotidienne. Ils vont au coeur du sujet et leurs analyses sont très pertinentes. Si la Mongolie vous intéresse, nous vous recommandons un passage sur leur site.

BONUS : Frank. Nous avons assez peu discuté avec lui et il ne nous a pas vraiment aidé, mais le personnage nous a amusé... Lors de notre rencontre, nous étions dans un groupe composé de pas mal de personnes décrites ci-dessus, en guise de bonjour il a placé un laconique "Vous avez l'air de touristes", sans sourire, du coup pas évident de savoir s'il faut partir sur ce qui semblait un péjoratif dans sa bouche... J'ai opté pour un "merci" également plein d'ironie histoire de répondre un truc, et il m'a fait un chaleureux "Mais de rien". L'histoire aurait logiquement du s'arrêter là, mais à un moment complètement inattendu il renifle bruyamment, et sans se démonter nous demande : "C'est vous qui sentez les chiottes ?"... Là, on était en mode comment briser le blanc dans la conversation (qu'il venait de couper brutalement). Je lui ai donc répondu qu'on s'aspergeait régulièrement d'air wik et de canard WC et qu'il ne fallait pas s'en inquiéter. Curieusement nos relations se sont arrêtées là. Nous avons quand même appris qu'il avait sorti à Baptiste triomphant car il venait d'avoir son visa russe (et croyez moi, c'est pas facile !) un laconique : "J'en ai rien à foutre !". Bref, désolé Frank si tu lis ce billet, mais tu nous a fait bien rigoler !  

Gachuurt

Sur les recommandations de Charlène et de Louise, nous partons à la rencontre de Mongolie Nomade (http://www.mongolienomade.mn/), connu sous le nom de Côme et Gerel, avec pour ambition de leur proposer un projet de tournage avec leurs chevaux. Nous expliquant par la suite que tout cela sera compliqué avec seulement leurs chevaux mais qu'ils sont prêt à tenter le coup, ils nous proposent de venir loger chez eux et qu'en échange de travaux ici et là dans le rachat, ils nous aide à réaliser notre tournage. Dès le lendemain, nous voici partis chez eux à Gachuurt à la découverte de la vie rurale mongole, et à seulement 30 minutes de la capitale ! Rassurez vous pour le côté rural, nous disposions de l'eau POTABLE courante (hyper rare) ainsi que de douches/toilettes à l'européenne, ce qui est loin d'être le cas de tout le monde dans le village. En effet, la grande majorité des habitants (pour ne pas dire la quasi totalité) sont obligés de se rendre à la rivière tous les jours avec leur brouette et des barils pour combler leurs besoins en eau. La propriété est composée de deux rachas (terrain délimité par de la pierre). Un des rachas contient leur maison, une yourte pour les deux enfants, une écurie avec leurs quatre chevaux, et de 3 chiens pour garder le tout. L'autre racha sert à accueillir les groupes, ou des personnes comme nous (nous étions les premiers à y dormir), et d'un autre bâtiment servant de cuisine, sanitaires et d'une grande salle à manger en terrasse couverte. Enfin nous n'allons pas décrire ici toute la famille car nous avons fait un portrait de chacun (pour y accéder, cliquez dessus) : Côme, Gerel, Tengis, et Tamra (qui s'écrit Tamir).

Sitôt arrivés, nous avons fait notre première ballade à cheval, une toute petite, derrière la maison et wooooooooo quel paysage de dingue ! La steppe les enfants, c'est magnifique ! De grandes montagnes verdoyantes à perte de vue dans le silence, seulement dérangées par le vent et le bruit des chevaux qui broutent. Un sentiment incomparable de paix en communion avec la nature brute et rase qui fait prendre conscience de notre ridicule petitesse. On pourrait écrire des heures sur les paysages magnifiques que l'on a vu tellement ils sont grandioses, mais cela ne remplacera jamais la première goulée d'air frais au pied de ces géants verts (et ça nous ramènera pas Dalida non plus). Rhaaa en écrivant ces lignes on a déjà envie d'y retourner ! Pour Jean c'était sa première fois à cheval depuis fort (fort) longtemps mais il a tout à fait assuré en restant calme et sans stress, remarquable (jean : "merci"). Bref, nous sommes allés faire brouter les chevaux "un peu salade" comme le dit Côme, avec qui nous avons entamé nos premières discutions, débuts d'une longue série.  

Les chevaux

Le cheval mongol, petit et trapu, est une race très ancienne qui est à l'origine de nombreuses autres races dans le monde. Sa docilité, sa résistance et son endurance font de ce cheval le compagnon indispensable des nomades.

L'écurie de Gachuurt se compose de quatre chevaux, chacun avec sa propre personnalité : 

  • Zébulon à long crins, on commence par lui car il est le chef du troupeau. Très nerveux, c'est le cheval de Côme, le seul capable de le contrôler efficacement. Il nous faisait rire car c'est le seul des chevaux qui est capable de faire du galop sur place, en bref il déteste être le dernier e agit sur le troupeau comme en tirant sur un élastique, les autres chevaux n'aimant pas le perdre de vue.
  • Monica la star, mais c'est un mâle. Elle tient son nom du fait que Monica Bellucci l'a monté pour réaliser une scène du film "Le concile de Pierre", elle est la plus docile et est montée par les débutants, donc par Jean. De façon assez étonnante elle est le cheval qui prends le plus facilement la pose, mange proprement et reste digne en toutes circonstances... ha le cinéma !
  • Pépère le fourbe, toujours prêt à utiliser toutes formes de ruses pour arriver à ses fins, c'est-à-dire brouter de l'herbe. Il n'aime pas être le dernier, mais n'aime pas non plus être celui qui ouvre la marche... Il est monté par des personnes qui connaissent déjà un peu les chevaux, donc par Marie qui avait déjà fait du cheval pendant plusieurs années dans sa jeunesse.
  • Jolyjumper le beau fougueux, qui adore galoper et partir devant, seul à l'aventure. Il est vif et très confortable à monter. C'est le cheval de Gerel et de Tengis, c'est lui qui l'a emporté dans sa fougue au grand galop. 

Bien entendu on s'est fait duper, Monica a joué des tours à Jean, tandis que Pépère a tenté le coup un nombre incalculable de fois. Beaucoup d'anecdotes seraient à raconter, en voici seulement deux car cet article devient interminable !

Jean sur Monica (son cheval, pas l'actrice), a faillit se prendre une belle gamèle en tenant d'une main les reines son cheval et de l'autre main les deux chevaux de Bata, l'éleveur nomade, qui les lui avait confié le temps de quelques minutes. Et oui, il fallait que ce soit un homme qui tienne les chevaux, Gerel et moi (pourtant plus expérimentées) n'y avions pas le droit malgré ma suggestion appuyée. Jean avait donc dans les mains 3 chevaux de deux troupeaux différents. En poursuivant notre route tranquillement au pas, les deux chevaux de Bata ont commencés à ne plus vouloir avancer, visiblement agités par la présence d'un cheval étranger. Ce qui donna à Monica des ailes pour la propulser au galop d'un seul coup. Bref, je vus l'espace d'un instant Jean écartelé, ne tenant plus que d'une jambe sur son cheval, j'ai bien cru qu'il allait tomber sous les deux autres... Mais non ! Doué d'une force incroyable, Jean tira sur la bouche de son cheval pour qu'il s'arrête et en même temps sur la bouche des deux autres pour qu'ils avancent, ouf, cela à bien fonctionné ! Jean a eu de belles émotions et moi aussi !

Une autre fois, alors que nous rentrions (Marie, Jean et Gerel), chevauchant depuis chez Bata (soit entre 2 et 3h de cheval en mode tout terrain), nous nous sommes fait abordé par une famille de mongols avec un bébé dans les bras. Gerel met pied à terre et commence à discuter avec eux pour savoir ce qu'ils voulaient, et là elle revient nous dire que l'on va donner un mors de cheval au nouveau né pour le guérir de ses champignons... Là on a pas trop compris. On a assisté alors mi-interdis mi-émerveillés à la matriarche qui retire le mors de Jolyjumper et qui le passe dans la bouche du tout petit pleurant abondamment, tout en psalmodiant quelques paroles dont on ne savait pas si elles était rituelles ou tout simplement destinées à calmer l'enfant. Puis ils nous ont remercié, nous sommes remontés en selle et nous sommes partis en se saluant et en nous maudissant vingt fois de ne pas avoir eu la caméra. Gerel nous a expliqué par la suite que c'était une pratique très ancienne et que la salive des chevaux avait de fortes propriétés antifongiques. Il reste cependant la très inquiétante question pour les touristes (notamment ceux qui aiment le fromage) : comment ils ont bien pu avoir des champignons dans la bouche ?

Le travail dans les rachas

Alors le boulot était très varié, on était dans une sorte de ranch avec des boulots d'entretiens, de réparations et d'améliorations très divers et comme souvent dans la vie à la campagne ne semblant jamais pouvoir se finir (une fois tout réparé, tout entretenu, il y a toujours quelque chose à améliorer). C'est très déconcertant au départ pour une grosse feignasse citadine comme moi (c'est Jean, au cas où vous ne m'auriez pas reconnu dans cette description), mais Côme était souple sur les horaires du matin et je me suis mis assez vite au rythme de faire toujours quelque chose, qui une fois qu'il est pris n'est pas si pénible qu'on le croit. Pour Marie, pas trop de problèmes à part les travaux de maçonnerie, et tout ce qui fait usage de la force en général. 

On démarrait vers 9h30/10h (merci encore !) et là suivant la journée on a fait de la menuiserie, des déplacements divers d'outils et de machines, du béton, de l'installation électrique, de la cuisine (en relai ou en collaboration avec Gerel), du ménage dans le racha destiné à accueillir des hôtes, du graphisme, un tournage et un montage des Yakuts (peuple vivant en Sibérie, (anciennement la République socialiste soviétique autonome de Lakoutie) qui étaient à Ulaanbaator afin de se produire en concert, Gerel les accueillait et organisait le programme des spectacles), on a adapté une yourte d'hiver en printemps, on a coupé du bois (mais ça compte pas c'était pour aider Tengis pour le barbecue), un peu de jardinage aussi, ça va ou je continue ? OK, je continue... (qui a dit noooon ?) On a fait toute la déco de la maison des hôtes avec les divers trésors que Côme a ramené d'un peu partout : des photos magnifiques de chevaux, des gravures mongoles, des aquarelles, des broderies, des crânes de chevaux et de rennes, des peaux de bêtes... On s'est même amusé à faire un ovo (sorte d'autel chamanique) avec des tissus de prière, d'énormes pierres (mes doigts s'en souviennent encore) posée sur des peaux de moutons et surmontées d'un crâne de cheval. Pour finir, on s'est aussi occupé des chevaux, on les a nourris avec l'aide de Tengis, de Côme et Tamir, on les a montés quotidiennement, on a graissé tous les cuirs de la sellerie... Ouf, après tout ça c'est bien normal qu'on se boive quelques bières tranquillou sur la terrasse, avec même de temps en temps une petite vodka Chingis Khan (coucou à Ben et Anne si vous lisez ceci) !

Le chamane

Nous avons eu la chance lors de notre séjour de croiser un chaman qui venait du nord du pays, il me semble. Il est venu à Gachuurt avec un groupe de francophones dans leur parcours d'initiation au chamanisme. A leur arrivé, un étrange personnage descend du mini-bus, avec ses longs cheveux, son pantalon de chaman, sa ceinture de chaman, ses bottes de chaman, sa veste de chaman et son chapeau de chaman, impossible de se tromper, c'était un véritable chaman ! Oui bon on se moque un peu, mais ses habits étaient magnifiques. 

Dès les premières heures, le chaman s'est installé dans une pièce close afin de lire l'avenir des participants avec des pierres. J'ai eu la chance d'assister à deux lectures de l'avenir, incroyable, je ne sais pas comment il fait ! La personne s'installe à côté de lui, pose une question à propos sur un avenir plus ou moins proche. Le chaman prend alors toutes les petites pierres de différentes couleurs dans ses deux mains, il prend sa respiration, secoue les pierres et les lances sur la table d'une manière très contrôlée. Puis il organise une espèce de grille avec environ 4 colonnes de pierre. Je ne peux vous dire la nature de cette organisation, tout ce que j'ai vu est qu'il les disposait suivant sa couleur, enfin il me semble. Si le résultat ne semblait pas le satisfaire, il réitérait l'opération. Enfin, grâce à ce résultat, il pouvait ainsi répondre à la question de la personne, et moi j'étais sur le cul !


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Publié le 14/11/2014

A Thaïlande, Singapour, Argentine


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